La Couronne abandonne les charges criminelles contre le professeur Thibault Martin

Jeudi 27 septembre 2012, Université du Québec en Outaouais – C’est sans surprise et avec un grand sentiment de soulagement que le SPUQO a appris lundi soir que la Couronne abandonnait la poursuite contre le professeur Thibault Martin. Sans surprise puisque le SPUQO sait depuis le jour même de l’arrestation que l’intervention était totalement arbitraire, injustifiée, probablement illégale; avec un grand sentiment de soulagement, parce qu’en dépit de notre conviction profonde que les policiers avaient erré le 17 avril et que la poursuite était futile, nous étions impuissants  à aider notre collègue qui faisait face, seul, à une poursuite criminelle.

Si la poursuite criminelle est maintenant chose du passé pour le professeur Thibault Martin, le désordre organisationnel auquel l’occupation policière a donné lieu demeure pour sa part très présent. Rappelons d’abord les faits.

Le 17 avril dernier, le professeur Thibault Martin a été arrêté ici même, à quelques pas de son bureau, parce qu’il voulait se rendre à son bureau. Il voulait aller à son bureau pour y chercher un livre avant de quitter pour Montréal en vue de participer à un congrès. Rien de plus normal pour un professeur que de vouloir se rendre à son bureau, rien de plus habituel pour un professeur que de participer à un congrès. Mais le projet de Thibault Martin de se rendre à son bureau s’est soldé par une arrestation musclée. Pourquoi? Pourquoi des policiers se trouvaient à l’intérieur du bâtiment et plus particulièrement sur l’étage du département des sciences sociales? Pourquoi des cadres – on en compte 3 au moins – ont-ils assisté en silence à l’arrestation arbitraire de Thibault Martin, ici même, sur les lieux de l’arrestation, certains les bras croisés? Pourquoi? Ces questionnements sont d’autant plus importants maintenant que la Couronne confirme que cette arrestation était injustifiée.

Nous savons toutefois c’est que l’arrestation de Thibault Martin s’est produite peu de temps après que le recteur eut demandé l’assistance du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG). Une assistance demandée en vertu de l’article 41 du code criminel  qui autorisait le recteur – en tant que responsable d’un bien immeuble -, et le SPVG – en tant que mandataire du recteur -, à employer la force pour éloigner des intrus et défendre l’immeuble. Le 17 avril 2012, M. Thibault Martin, titulaire d’une Chaire de recherche du Canada et professeur de haut calibre, serait donc devenu, aux yeux du recteur, un intrus, et ce, sans motif et sous prétexte qu’il fallait défendre un immeuble? C’est à n’y rien comprendre. Interrogé par un journaliste du journal Le Droit le jour même de l’arrestation du professeur Martin, le recteur Jean Vaillancourt a commenté l’arrestation allant même jusqu’à affirmer ceci (début de la citation) :« L’intervention était nécessaire à mes yeux » (fin de la citation).

Le SPUQO ne partage pas cette lecture de l’événement. Quand des cadres laissent l’arbitraire se produire sans rien faire pour l’empêcher, cela nous interpelle. Quand, quelques heures plus tard, le recteur Jean Vaillancourt qualifie l’intervention de nécessaire, et qu’il nie publiquement la présomption d’innocence dont Thibault Martin aurait dû bénéficier, cela nous heurte profondément.

Les décisions des cadres supérieurs de l’UQO ont plongé le professeur Thibault Martin dans une tourmente qui lui a causé d’importants préjudices et qui continue de le faire. Malgré cela, depuis le 17 avril, Jean Vaillancourt refuse de reconnaitre son erreur. Si c’était à refaire, il « referait exactement la même chose », a-t-il déclaré par la suite.

Aujourd’hui, plus que jamais nous nous demandons comment il se fait que des membres de la direction de l’UQO ont laissé la police procéder à une arrestation aussi injustifiée que musclée. Pourquoi ont-ils laissé Thibault Martin se débrouiller seul devant la justice? Pourquoi l’ont-ils laissé, sans assistance, faire face à la machine judiciaire? Pourquoi n’ont-ils jamais exprimé de regrets, ni tenté d’expliquer leurs décisions et comportements ou cherché à s’en excuser? De nombreuses questions demeurent. Nous espérons que les procédures de griefs permettront de faire toute la lumière sur la gestion de la crise par les dirigeants de l’UQO.